
ce que les lieux qui fonctionnent ont tous en commun
Attention pour cet article faites appel à vos sens & à vos souvenirs 🥰
Il y a une odeur de bois qui prend l’humidité, mélangée à celle d’une tarte aux pommes qui refroidit sur le rebord d’une fenêtre, il y a le bruit précis d’un portillon en fer qui grince toujours de la même façon, celui du gravier sous les pas dans une allée qu’on connaît par cœur, il y a une table en bois massif, rayée à un endroit précis par des générations de coudes, autour de laquelle on s’est toujours assis à la même place. Si vous avez grandi en France, il y a de bonnes chances qu’une image de ce genre vous revienne immédiatement : la maison des grands-parents en Normandie, une ferme dans le Sud, un appartement de bord de mer aux volets bleus. On n’a jamais besoin qu’on nous décrive ce lieu, parce qu’on le sent avant même de le voir.
C’est cette expérience, plus que toute autre, qui m’a fait comprendre ce que les lieux qui fonctionnent vraiment ont en commun.
Le corps se souvient avant la tête
Un enfant qui retrouve le jardin de ses grands-parents après un an ne se dit pas « voilà un aménagement paysager réussi », il court directement vers la balançoire, sait où se trouve le trou dans la haie pour passer chez le voisin (si voisin il y a), sent l’odeur du figuier avant même de le voir. C’est ça, l’expérience utilisateur d’un espace dans sa forme la plus pure : un savoir du corps, construit par la répétition, qui précède de très loin toute analyse consciente.
Les lieux publics fonctionnent exactement pareil. Le parc où l’on courait pieds nus l’été, la digue qu’on longeait après le dîner en famille, la boulangerie du village dont la porte fait ce petit « ding » reconnaissable entre mille : aucun de ces lieux n’a été conçu pour être beau sur une photo. Ils ont simplement été là, année après année, assez stables & assez chaleureux pour devenir un point d’ancrage.
La durabilité, ce n’est pas qu’une question de matériaux
C’est là que la question écologique rejoint la question affective, bien plus qu’on ne le pense. Une maison de famille qu’on transmet sur trois générations n’est pas durable uniquement parce que ses murs en pierre tiennent debout. Elle est durable parce que personne n’a eu envie de la refaire entièrement : le parquet rayé, la vieille cuisinière, le canapé un peu affaissé font partie du lieu autant que ses fondations. On les répare, on les entretient, rarement on les jette.
À l’inverse, un espace qui ne suscite aucun attachement se retravaille sans cesse, parce que rien ne justifie de le préserver. C’est une des choses que j’ai le plus observées dans mon métier : les intérieurs qu’on aime vraiment sont presque toujours ceux qu’on répare plutôt que ceux qu’on ne remplace. L’attachement est, très concrètement, le meilleur allié de la durabilité, pour cet article je parle avec le coeur moins avec la tête.
Ce que ça change dans une conception ✍️
Concevoir par les usages, ce n’est donc pas seulement optimiser une circulation ou un plan de travail. C’est aussi se demander, dès le départ, ce que ce lieu pourra devenir dans dix ou vingt ans dans la mémoire de ceux qui l’habitent. Une lumière du matin bien orientée, un matériau qui vieillit en se patinant plutôt qu’en se dégradant, une table assez grande pour accueillir tout le monde un dimanche : ce sont des choix techniques, mais ce sont surtout des choix qui préparent des souvenirs.
Dans ces moments il est primordial de faire appel à notre propre vécu, à nos souvenirs, nos ressentis pour essayer de les retranscrire pour les faire vivre au plus grand nombre, dans un esprit de partage & de bienveillance pure. Il n’est pas question de faire un pâle copier-coller d’un souvenir perso mais de proposer une intention qui sera adaptée à l’usager.
Exemple : j’ai grandi à la campagne, quand j’étais petite mon petit plaisir était de prendre mon petit déj’ en regardant la nature environnante, mais pas n’importe comment, il fallait que les rayons du soleil viennent de l’est, cet ensoleillement précis me mettait en joie. Alors, lorsque j’ai construit ma maison j’ai créé plusieurs ouvertures à l’est, aujourd’hui je continue de prendre mon petit déj’, toujours en regardant les rayons de soleil provenant de l’est perforer le feuillage des arbres qui entourent ma maison & ça continue de me mettre en joie. Si cette lumière précise me rend heureuse moi, pourquoi ne rendrait-elle pas heureuses d’autres personnes ? C’est comme le pétrichor (l’odeur qui se dégage après la pluie) 😌
Ce que je retiens
Les lieux qui fonctionnent vraiment ne sont pas ceux qu’on trouve beaux en entrant. Ce sont ceux dont on se souvient encore, des années après, avec le corps autant qu’avec la tête, une odeur, un bruit, une place à table qui était toujours la nôtre. C’est cette intention-là, plus intime qu’esthétique, que j’essaie de glisser dans chaque projet chez STUDIO LO : penser un espace non pas pour l’instant où on le découvre, mais pour le souvenir qu’il laissera.
Voilà, j’espère que lire cet article vous aura remémoré de jolies choses.
Des bisous,
Lo 😘